Considérations ergonomiques

Considérations ergonomiques sur le poste de travail des odontologistes.

Professeur A. COBLENTZ et B. COINTOT.

 

 Les douleurs du dos, du cou et des épaules ainsi que les douleurs au niveau des membres supérieurs, poignet, coude et épaule, sont des maux professionnels courants chez les odontologistes en exercice. Elles affectent le bien-être physique et psychique des praticiens et détériorent leur qualité de vie en général. De plus ces douleurs limitent l’efficacité dans l’exécution des soins et peuvent même nécessiter une réduction voire un arrêt de l’activité professionnelle. Les troubles musculo-squelettiques représentent un tiers des causes des départs anticipés à la retraite.  En terme de santé publique, le poids que représentent ces affections est donc considérable même si le coût est mal connu pour la population des odontologistes.

 

Les troubles observés sont le résultat d’une inadéquation entre l’environnement de travail et les tâches à exécuter. C’est une évidence de dire que « c’est la machine qui doit s’adapter à l’Homme et non l’inverse ». Pourtant on observe que si de nombreux praticiens s’attachent à ce que leur patient ait une posture confortable, ils négligent leur propre confort.

 

Or le maintien de postures statiques, la répétition des gestes, les efforts à exercer ainsi que les vibrations transmises par les instruments ont pour conséquences l’apparition de troubles musculo-squelettiques qui vont se traduire par une diminution de la rapidité d’action et donc une baisse de la productivité, des arrêts de travail et le dédommagement d’un remplaçant et une souffrance plus ou moins permanente dispersée dans tout le corps.

 

Les atteintes les plus fréquentes observées sont les suivantes :

·        Atteintes au niveau des disques de la nuque et du dos du fait de la posture médiocre imposée par la tâche ou adoptée,

·        Bursites et douleurs musculaires au niveau des épaules du fait du maintien en position relevée du coude,

·        Syndrome du canal carpien et compression du nerf cubital au niveau du coude en raison d’une mauvaise position du poignet, de mouvements permanents de flexion et extension du poignet, de l’obligation de serrer les doigts et la main et éventuellement du port de gants mal adaptés.

 

L’adoption d’un programme ergonomique a pour objectif de mettre en place un environnement qui protégera le bien-être des différents collaborateurs du cabinet et améliorera la sécurité et le confort tant pour le patient que pour le personnel et qui augmentera et perfectionnera les compétences opérationnelles des différents personnels. Ce programme permettra également de diminuer la fréquence des traumatismes évoqués précédemment ainsi que la fréquence des déplacements de l’opérateur.

                       

Le bon sens doit constituer la base du programme ergonomique. Celui va impliquer :

·        Une modification des comportements (il faut l’accepter),

·        Une  remise en cause de la conception générale du poste de travail,

·        Une réflexion sur le choix des équipements afin qu’ils soient adaptés à la situation de travail,

·        Un apprentissage des nouvelles postures et des mouvements correspondants,

·        Une réflexion sur le positionnement de l’outillage utilisé dans le nouveau poste de travail afin qu’il soit accessible sans contrainte posturale.

 

Ceci n’est pas simple car le plus souvent on doit aménager le poste de travail dans des locaux existants.

 

Les améliorations porteront donc sur la réduction autant que possible des mouvements imposant aux articulations des positions extrêmes ou forcées. On cherchera à maintenir le poignet en position neutre et d’une manière générale à maintenir les articulations dans des zones normales de mouvement. Il faut également éviter ou réduire au maximum les gestes exigeant une force excessive et les exécuter en se plaçant dans la meilleure posture possible. La répétition  excessivement d’un même mouvement doit également être évitée.

 

Une bonne posture pour le corps va se caractériser par :

bulletUn usage équilibré des muscles,
bulletDes mouvements détendus et sans gêne d’où l’importance de la tenue vestimentaire qui ne doit pas entraver les mouvements,
bulletUne absence de douleurs. Toute sensation douloureuse doit alerter le praticien et l’inciter à modifier sa posture ou son geste,
bulletUne aptitude à éviter de maintenir une position pendant une période de temps excessive. Le maintien d’une position statique doit rester de courte durée. Le praticien doit chercher à favoriser des modes de travail dynamiques,
bulletUne aptitude à ne pas se maintenir longtemps penché en avant ou             sur le côté et à éviter les mouvements de torsion.           

 

Le praticien ne doit donc pas hésiter à modifier la position du patient afin de modifier sa propre position. Il modifiera éventuellement les prises d’instrument afin d’éviter les efforts et les positions anti-physiologiques et cherchera à éviter de trop répéter le même mouvement pendant toute la journée. Il changera le plus souvent possible de position pendant le travail. Pendant les soins il veillera à maintenir alignés autant que possible la colonne vertébrale, le cou et la tête. Et bien sûr il apportera une attention particulière au choix des instruments et du matériel, outillages et gants inclus, afin que ceux-ci soient ergonomiques (manches creux et cannelés, formes ergonomiques, pouvant être utilisés indifféremment par les deux mains….).

 

En résumé il faut :

bulletcentrer le corps pour que le maximum de poids soit reporté sur le siège. Le travail en position debout accroît l’exposition aux risques,
bulletMaintenir la tête aussi proche que possible de la verticale et s’assurer que la colonne vertébrale est aussi rectiligne que possible,
bulletRéduire les sollicitations au niveau des épaules,
bulletRégler correctement son siège en fonction de sa stature, surtout pour ce qui concerne la longueur de jambes. Les fesses doivent être le plus en arrière possible sur le siège, les genoux sont au niveau, ou à peine en dessous du niveau des hanches, les jambes doivent être en abduction, écartées de la ligne médiane et en dessous du siège du patient, les pieds reposent franchement et fermement sur le sol.
bulletLe dossier du siège est ajusté afin de soutienir réellement, en particulier durant les phases de repos,
bulletIl faut essayer de maintenir les coudes dans la moins mauvaise position possible et garder les avant-bras parallèles au plancher. Il est possible d’ajouter un soutien au niveau de l’avant-bras,
bulletLa distance idéale entre les yeux et le patient est de l’ordre de 40 cm,
bulletLes différents outillages et le réglage de la lumière sont positionnés afin d’être aisément atteints, sans exiger de contorsions,
bulletL’axe de la lumière et l’axe de vision doivent être identiques,
bulletIl faut savoir s’arrêter quelques minutes toutes les heures pour faire quelques mouvements de flexion - extension du dos, s’étirer et faire quelques pas pour se dégourdir les jambes.

 

En ce qui concerne le poste de travail, le siège du praticien doit être mobile et stable. Les équipements seront parfaitement entretenus et le choix se portera préférentiellement sur du matériel motorisé. Les tuyauteries doivent avoir une longueur suffisante et les systèmes d’enroulement et de rotation de ces tuyaux exiger un minimum d’effort. Les commandes doivent être facilement accessibles et ne pas nécessiter d’effort pour leur déclenchement.

 

L’éclairage doit être uniforme et efficient, éviter l’éblouissement source de fatigue visuelle et assurer un rendu optimal des couleurs. Le patricien maintiendra autant que possible son axe visuel horizontal. Une  ligne de vision non horizontale contribue à augmenter la tension physique. En effet, le cerveau doit transformer une image non horizontale en une image horizontale avant de l’intégrer. Nos yeux perçoivent mieux et avec un minimum de fatigue dans une position stable de la tête, correspondant à une ligne bi-pupillaire horizontale. Il faut également réduire les allers et retours visuels entre la bouche et les instruments. Ces mouvements s’accompagnent d’un éblouissement et d’une ré-accomodation qui sont source de fatigue. Il convient également d’utiliser les miroirs et les systèmes grossissants chaque fois que la zone de travail est difficilement visible en vision directe.

 

En conclusion la bonne position pour le dentiste consiste à réduire au minimum les contraintes au niveau de la posture. A l’échelle d’une vie, les contraintes accumulées sont considérables. Lorsque l’on ressent une douleur, il convient de repérer le segment concerné et d’entamer une réflexion sur la manière de l’atténuer ou de la faire disparaître. Par ailleurs, le bénéfice du patient se retrouve dans le fait qu’il reçoit des soins de meilleure qualité, exécutés avec des gestes manifestement plus adaptés. Une attention particulière doit être également apportée au choix du matériel et à son agencement afin de limiter les mouvements de torsion, de flexion et d’extension et faciliter les déplacements autour du patient entre les différents personnels  du cabinet.

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